Réunis à Kribi du 24 au 28 août 2026, les acteurs de la météorologie et du climat tiennent le 5ᵉ Forum national sur les perspectives climatiques. Plus qu’un cadre d’échanges, cette rencontre entend faire de l’information climatique un véritable outil d’aide à la décision, de prévention des catastrophes naturelles et de sensibilisation des populations. Sous le thème « Consolider les acquis, étendre la production locale vers des services climatiques valorisés et durables au Cameroun », le forum ambitionne ainsi de rapprocher durablement la donnée climatique des décideurs, des secteurs productifs et des communautés exposées aux risques.
Par Gervais Fredy M

Kribi est pendant cinq jours la capitale camerounaise de la donnée climatique. Ouvert le 24 août dans le département de l’Océan, le 5ᵉ Forum national sur les perspectives climatiques (NCOF) réunit les principaux acteurs du secteur autour d’un même défi: mieux produire, mieux diffuser et surtout mieux utiliser l’information météorologique pour renforcer la résilience du pays.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par l’inspecteur numéro 4, Tchinda Tazo, représentant le Secrétaire général du ministère des Transports, en présence du Directeur de la Météorologie Nationale et de plusieurs partenaires, dont l’Union africaine, l’ACMAD, la CEEAC et la GIZ. L’ambition affichée est claire: consolider les acquis et franchir un nouveau cap dans la valorisation des services climatiques.
Les travaux ont permis de faire le point sur la mise en œuvre des objectifs de la 4ᵉ édition du NCOF. Sur les 36 objectifs retenus, 16 ont été pleinement exécutés, 16 sont en cours de mise en œuvre et 4 restent à réaliser. Au-delà des chiffres, la rencontre insiste sur la place déterminante des consommateurs finaux de la donnée météorologique. Cette approche vise à adapter davantage les produits climatiques aux besoins réels des secteurs d’activité, mais aussi à rendre l’information plus utile aux populations confrontées aux risques climatiques.
La Direction de la Météorologie Nationale a, dans cette perspective, renforcé son dispositif à travers l’installation de points focaux dans les régions, le renouvellement des équipements, la multiplication des stations météorologiques, la mise en place de plateformes numériques et la formation des acteurs. Des bulletins climatique santé, décadaire, multirisque et de prévisions du temps sont ainsi développés pour faciliter la prise de décision et contribuer à la prévention des risques. L’objectif est notamment de permettre aux autorités, aux acteurs économiques et aux communautés de disposer, au moment opportun, d’informations susceptibles d’orienter leurs choix et de réduire leur exposition aux phénomènes dangereux.
Au cœur de cette dynamique, le dialogue entre producteurs et utilisateurs de l’information climatique apparaît comme un levier essentiel. Il s’agit désormais de dépasser la simple diffusion de données pour construire de véritables services climatiques adaptés, accessibles et durables. Cette évolution est particulièrement importante dans les domaines où les aléas météorologiques peuvent avoir des conséquences directes sur les populations et l’économie. Une information climatique mieux produite et mieux comprise peut contribuer à anticiper les épisodes extrêmes, à orienter les interventions des pouvoirs publics et à améliorer la préparation des communautés.
Le forum entend ainsi renforcer le lien entre la connaissance scientifique du climat et la décision. La donnée météorologique ne doit plus seulement être considérée comme une information technique, mais comme un outil stratégique permettant d’anticiper, de planifier et d’agir.
ClimSA, un accélérateur pour les services climatiques
Le programme ClimSA s’inscrit pleinement dans cette vision. Principalement financé par l’Union européenne, il accompagne les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans la mise en œuvre concrète du Cadre mondial des services climat. Son objectif est de contribuer au développement durable du continent africain en améliorant les processus et les pratiques de prise de décision grâce à une meilleure utilisation de l’information climatique.
Le Cameroun, choisi comme pays pilote, expérimente actuellement le programme dans deux secteurs prioritaires: l’agriculture, notamment l’agroalimentaire, et la réduction des catastrophes. Cette orientation traduit une volonté de donner une portée plus concrète aux données produites par les services météorologiques. Dans l’agriculture, l’information climatique peut notamment accompagner les choix liés aux périodes de semis, aux cultures et à la gestion des risques. Dans le domaine de la réduction des catastrophes, elle contribue à renforcer les capacités d’anticipation et de préparation face aux événements extrêmes.

Sensibiliser pour mieux protéger
L’un des enjeux majeurs demeure également la sensibilisation des populations. Car produire une information fiable ne suffit pas: encore faut-il qu’elle soit accessible, compréhensible et effectivement utilisée par ceux qui sont exposés aux risques.
À travers le renforcement de la diffusion de l’information climatique, la météorologie camerounaise entend donc participer à l’émergence d’une véritable culture de prévention. Mieux informées sur les risques liés aux conditions météorologiques et climatiques, les populations peuvent davantage adopter les comportements appropriés et contribuer elles-mêmes à la réduction des vulnérabilités. Cette dimension donne au forum une portée qui dépasse les seuls spécialistes de la météorologie. Elle concerne directement les collectivités, les secteurs productifs, les services publics, les organisations de la société civile et, plus largement, l’ensemble des communautés.
À Kribi, l’enjeu dépasse donc le simple rendez-vous institutionnel. Il s’agit de transformer la donnée climatique en un véritable outil d’anticipation, de prévention et de développement. En réunissant les producteurs de données, les décideurs, les partenaires et les utilisateurs finaux, le 5ᵉ NCOF entend poser les bases d’une météorologie davantage tournée vers les besoins de la société. L’ambition est de faire en sorte que l’information produite puisse contribuer concrètement à orienter les politiques publiques, à prévenir les catastrophes, à protéger les populations et à soutenir les activités économiques.
Jusqu’au 28 août, les échanges devront ainsi permettre de consolider les acquis, d’identifier les insuffisances et de dégager de nouvelles pistes pour faire des services climatiques un instrument durable au service de la résilience du Cameroun.
La Rédaction: 698 33 39 66
