Alors que le Cameroun célèbre sa 54e Fête de l’Unité nationale, le pays affiche une unité officielle fragilisée par une profonde fracture sociale. Entre opulence ostentatoire d’une minorité et pauvreté criarde du plus grand nombre, la cohésion nationale semble mise à rude épreuve.
Par l’oeil du cyclone.

Dans ce contraste devenu structurel, une question revient avec insistance: où est la CONAC et que pèsent réellement ses rapports face à une corruption perçue comme sans impact tangible ? La 54e Fête de l’Unité Nationale du Cameroun intervient dans un contexte où le discours d’unité contraste fortement avec les réalités sociales vécues au quotidien. Si les cérémonies officielles célèbrent la cohésion et l’attachement à la patrie, une autre lecture s’impose dans les rues, les quartiers populaires et même les grandes métropoles: celle d’une unité fragilisée par une profonde fracture sociale. Cette fracture est alimentée par une mauvaise redistribution des richesses, qui accentue les écarts entre une minorité affichant une opulence visible et une majorité confrontée à une pauvreté criarde.
Dans les grandes villes comme Yaoundé, Ebolowa, Bafoussam, Garoua et Douala, les signes de richesse spectaculaire immeubles luxueux, résidences somptueuses, train de vie ostentatoire cohabitent avec des conditions de vie précaires pour une large partie de la population. Cette juxtaposition nourrit un sentiment d’injustice sociale de plus en plus difficile à contenir. Dans ce climat, le lien symbolique à la patrie s’effrite. L’amour national, souvent invoqué dans les discours officiels, se heurte à une réalité économique qui fragilise la confiance et le sentiment d’appartenance. Comment célébrer l’unité quand les bénéfices de la croissance semblent concentrés entre les mains de quelques-uns ? Au cœur de cette interrogation se trouve également la question de la lutte contre la corruption.

La Commission nationale anti-corruption (CONAC), censée être un acteur central de la moralisation de la vie publique, est de plus en plus interpellée sur l’impact réel de ses actions. Les rapports existent, les chiffres s’accumulent, mais les résultats concrets semblent peiner à transformer le quotidien des citoyens. Où est la CONAC face à cette impression persistante d’impunité ? À quoi servent ses rapports si les recommandations ne se traduisent pas par des changements visibles dans la gestion des finances publiques, des marchés ou des ressources de l’État ? Les critiques portent notamment sur l’écart entre les signalements recensés et les suites judiciaires effectives, mais aussi sur la faible visibilité des sanctions. Dans un contexte où les fortunes rapides et les investissements immobiliers d’envergure suscitent des interrogations, le manque de réponses tangibles renforce la défiance.
Au-delà de la corruption, un autre phénomène alimente la perception d’un État fragmenté: le communautarisme dans certaines sphères administratives. Nominations, accès aux marchés publics et opportunités économiques sont parfois perçus comme influencés par des logiques d’appartenance plutôt que de mérite. Cette perception, qu’elle soit totalement fondée ou partiellement ressentie, contribue à fragiliser davantage le sentiment d’unité nationale. Face à cette situation, la Fête de l’Unité prend une dimension paradoxale. Elle célèbre une cohésion nationale officiellement affirmée, mais révèle en même temps des lignes de fracture profondes. L’opulence de certains brise l’idée d’une communauté de destin, tandis que la pauvreté persistante interroge la justice sociale. Dans ce contexte, la question centrale demeure: l’unité nationale peut-elle résister durablement à une inégalité aussi visible et à une lutte anticorruption dont les effets restent largement perçus comme insuffisants ? Car au-delà des discours, l’unité se mesure dans la redistribution équitable des richesses, dans la transparence de la gestion publique et dans la capacité des institutions à produire des résultats concrets. Sans cela, la 54e Fête de l’Unité risque de résonner comme une célébration en décalage avec la réalité vécue par une grande partie des Camerounais.

Et la question continue de s’imposer, sans détour: où est la CONAC quand des mutuelles du personnel bâtissent les hôtels luxueux ; quand les fonctionnaires deviennent plus riches que des hommes d’affaires ; quand les marchés se déclinent en gré à gré en milliards de francs, et que valent ses rapports si la confiance publique continue de s’éroder.
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