La grève des bouchers secoue l’ensemble des marchés de Yaoundé depuis le lundi 11 mai. Derrière les étals désertés et les « couteaux morts », c’est toute une chaîne économique qui vacille. Entre flambée des prix, raréfaction du bétail et colère des ménages, la capitale fait face à une crise qui menace aussi bien les consommateurs que les acteurs du secteur. Une situation que le président du syndicat des bouchers avait déjà annoncée lors du défilé du 1er mai au Boulevard du 20 Mai.

Les marchés de Yaoundé tournent au ralenti. Dans plusieurs espaces de vente, les crochets restent vides, les tables abandonnées et les clients repartent les mains vides. Du marché de Mendong à Etoudi et comme dans d’autres grands marchés de la capitale, la grève des bouchers plonge progressivement la ville dans une véritable crise de la viande de bœuf.
Depuis le lancement du mouvement de grève, le mot d’ordre « couteaux morts » est largement suivi. Les bouchers dénoncent une situation devenue insoutenable: l’explosion du coût du bétail et les difficultés d’approvisionnement qui étranglent leur activité. Il y a encore quelques mois, un bœuf coûtait entre 250 000 et 300 000 FCFA. Aujourd’hui, il faut débourser au moins 500 000 FCFA pour une bête de 140 à 150 kg. Certains taureaux atteignent désormais 1 000 000 FCFA. Une hausse brutale qui réduit considérablement les marges des commerçants et menace la survie de nombreuses petites boucheries. Souligne le président du SYNBOCAM.

Conséquence immédiate: les prix de la viande flambent sur les marchés. Pour de nombreuses familles déjà fragilisées par la vie chère, acheter du bœuf devient un luxe inaccessible. « Avant, avec 2 500 ou 3 000 francs, on pouvait encore nourrir la famille. Aujourd’hui, c’est devenu impossible », s’indigne une ménagère rencontrée dans un marché de la ville. Mais au-delà de la colère des consommateurs, c’est toute une économie locale qui vacille. Restaurateurs, braiseurs, vendeurs de nourriture et petits commerçants subissent de plein fouet cette pénurie. Certains établissements réduisent déjà leurs portions, d’autres envisagent des fermetures temporaires faute d’approvisionnement. Les bouchers pointent également du doigt certains acteurs du transport et de l’approvisionnement en provenance du Tchad, accusés d’entretenir la rareté du bétail et de spéculer sur les prix. « Il n’y a presque plus de bêtes. Tout est bloqué », martèle un boucher en colère. Cette crise n’a pourtant rien d’une surprise. Lors du défilé du 1er mai dernier au Boulevard du 20 Mai, le président du syndicat des bouchers du Cameroun avait déjà lancé un avertissement clair aux autorités sur les risques d’effondrement du secteur si aucune mesure urgente n’était prise.

Aujourd’hui, ses craintes semblent se confirmer. Prévue du lundi 11 au mercredi 13 mai, la grève pourrait se prolonger si les revendications des bouchers restent ignorées. Et plus les jours passent, plus le risque d’une flambée généralisée des prix alimentaires devient réel dans la capitale.Face à une crise qui menace le pouvoir d’achat des ménages, fragilise des centaines d’emplois et perturbe l’approvisionnement des marchés, les autorités sont désormais attendues au pied du mur.
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