Plus de mille spécialistes étrangers sont annoncés sur le chantier de Kribi pour accompagner la montée en puissance de la raffinerie. Le projet prévoit un transfert de technologie vers les ingénieurs et techniciens camerounais, sans que les modalités précises de cette transmission de compétences aient été rendues publiques. L’enjeu dépasse la seule construction. Il s’agit de constituer, pour la première fois depuis 2019, un corps de techniciens nationaux capables de faire fonctionner une raffinerie.
La visite effectuée le 6 juin par la délégation de CSTAR sur les sites de fabrication des modules à l’étranger a aussi valeur de signal sur la nature de la coopération technique engagée dans ce projet. Georges Li, président du consortium RCG, a déclaré que plus de 1 000 spécialistes chinois et indiens sont prêts à être déployés pour assurer le transport et le transfert de technologies. Le transfert de compétences vers les ingénieurs et techniciens locaux figure parmi les engagements formels des promoteurs, en complément des créations de postes annoncées.
La question du transfert de savoir-faire est d’autant plus structurante que le Cameroun ne dispose plus, depuis l’incendie de la Sonara en mai 2019, d’aucune capacité de raffinage active. En six ans d’interruption, le tissu de compétences nationales en opération de raffinage s’est fragilisé. Or la technologie modulaire, si elle accélère la construction, exige des équipes d’exploitation formées à des procédés industriels précis : distillation atmosphérique, traitement des fractions, gestion des utilités, maintenance des équipements haute pression.
Le programme global de CSTAR prévoit des formations spécialisées destinées aux techniciens camerounais. La question est de savoir à quel stade ces formations s’enclenchen : pendant la construction, en parallèle avec le déploiement des spécialistes étrangers, ou seulement à l’approche de la mise en service. Dans le premier cas, les ingénieurs camerounais acquièrent une maîtrise des procédés dès la phase d’assemblage. Dans le second, ils arrivent sur une installation déjà opérationnelle, sans avoir participé à sa mise en route.
Le consortium chargé de la réalisation compte à son actif des projets tels que le complexe Huajin Aramco en Chine, le projet gazier Assa North-Ohaji South au Nigeria ou encore la raffinerie Takreer d’Adnoc aux Émirats Arabes Unis. Ces références témoignent d’une expérience en ingénierie de raffinage, mais ne renseignent pas sur les protocoles de transmission de compétences mis en œuvre dans ces contextes, ni sur leur transposabilité au Cameroun.
CSTAR s’inscrit dans l’ambition de la Stratégie nationale de développement 2030 de structurer une filière intégrée pétrole-raffinage-pétrochimie et de capter davantage de valeur localement. La réalisation de cet objectif dépend moins de la construction elle-même que de la capacité à former, retenir et déployer des ingénieurs et techniciens camerounais aptes à opérer cette filière sur le long terme — une condition que le seul calendrier de chantier ne peut pas garantir.
